Corinne Mercadier, Le corps de l'infini, Paris, galerie Les Filles du Calvaire, à partir de septembre.

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Un petit atelier dans son appartement. Corinne Mercadier entasse ses trésors sur des étagères, dans des tiroirs, des boites démultipliées dans sa pièce haut perchée. Doucement. Conscienseument. Précieusement, un à un, l’artiste dévoile ses petits chefs-d’oeuvre qui l’accompagnent depuis de longues années déjà. Une échappée belle en crayon. De ces crayons Rougier et Plé qu’elle affectionne tant dont un merveilleux jaune qu’elle ne cesse d’user et de racheter. Et voici ses dessins réalisés à la peinture sur verre si beaux, quasi divins et qu’elle ne montre presque jamais. Un travail rare. Caché, enveloppé dans du papier de soie comme un secret. Et puis Corinne Mercadier de montrer ses photos. Comme des révélations. De ses première œuvres retravaillées au polaroïd aux dernières images numériques. Ici, le visiteur se régale et l’émotion le gagne face au dévoilement d’une pratique unique et qui ne cesse d’évoluer.

A.K. : Vous êtes photographe et exposez pour la première fois vos dessins à Vitry…

C.M. : Oui. J’ai effectivement rarement exposé mes dessins. Je les ai montré pour la première fois dans ma galerie de New York.  Ce sont des dessins minuscules, des petites plongées dans un fond d’encre. A partir de presque rien, de taches. J’ai commencé par dessiner alors que je n’ai pas « appris » la photographie. Les dessins, c’est une échappée, une prospection sans projet du tout. Parfois je les récupère dans mes photographies et cela se mélange.

Je pars dessiner au bord d’un étang près de Narbonne. Quand j’arrive là-bas, tout devient immédiat. C’est un paysage à moi où tout est connecté. J’y fais comme des sortes de repérages pour mon futur travail. Je suis très liée à cet endroit. C’est pour moi  un point d’ancrage. J’aime bien les zones incertaines que l’on y trouve comme ces anciens marais salants où le travail humain est encore perceptible mais abandonné.

Ma boite de crayon est mon bagage de vacances… !  Dans les dessins, je ne réalise jamais de personnages. Ce sont des scènes où je suis seule. Celui-ci, par exemple,  représente un labyrinthe creusé dans le sel que j’ai pris également en photo. Mes dessins apparaissent  très silencieux par rapport aux photos. Ce sont des petits flash. Il y a des choses aériennes dans l’air et il y a un flux. C’est très vide. Il y a beaucoup d’absence. Pas de personnages mais beaucoup plus de détails. Les deux se complètent. J’aime le côté très mental du dessin.

A.K. : Et ces polaroids ?

C.M. : Ce sont mes premier polaroids avec une architecture de Giotto. Ce sont comme des petits voyages sans déplacements. C’est une attitude que j’ai souvent dans mon travail. Tout comme mes recherches sur la perspective qui sont toutes aussi importantes. J’étais contente de cette série. Elle a été réalisée après la série sur les peintures sur verre qui représentaient un travail pénible. Après, j’ai commencé à coudre, ce qui est beaucoup plus amusant à faire.

A.K. : Comment travaillez-vous ?

C.M. : Mon travail est très ancré dans l’imaginaire littéraire. En ce moment je réalise deux nouvelles séries qui seront montrées à la galerie Les Filles du Calvaire et à Nogent pendant le mois de la photo en 2012. Ce qui m’intéresse dans le mouvement photographique, c’est qu’il enregistre ce que l’œil n’a pas vu. C’est une capture temps-espace. C’est magique. Désormais, avec les nouvelles techniques, j’ai arrêté de travailler en deux étapes successives. Avant, je réalisais d’abord une  photographie au Leica, puis la photo était reprise au polaroid avec des jeux de lumière et une théâtralisation. Avec le recul, c’était impressionnant et très contraignant. C’est un mode de travail par strates, comme une captation de l’extérieur et un arrêt sur image. Quelle est la rêverie que suscite cette image ? Et la deuxième photographie, que suscite t-elle encore ? Depuis que le polaroid n’existe plus, je travaille avec le numérique : une seule image et photoshop ! Avec le polaroid,  il y avait énormément de choses à recevoir alors qu’avec le numérique il y a beaucoup de choses à apprendre. La difficulté est de choisir. Elle est beaucoup plus grande qu’avant.

A.K. : Depuis plusieurs années vous fabriquez des formes en tissus.

C.M. : J’utilise des tissus que je fabrique pour les transparences. Celui-ci, par exemple, c’est un grand hexagone qui a aussi une armature en fibre de carbone. Dans mes images, il ne faut pas que les personnages soient reconnaissables pour que tout le monde puisse s’y identifier. Ils sont généralement occupés, et il y a des profondeurs successives de regards. Le tissus, l’objet qui matérialise l’instant, n’est jamais prévisible. C’est le mouvement qui fait l’objet. Le 8 est en réalité un cercle. Avec un vent de fou, il bouge tout le temps et j’ai choisi une seule image parmi 400. Il faut perdre le reste. Le labyrinthe avait était fait en perspective pour que les trois espaces aient la même profondeur. Dans cette autre image, c’est vraiment une calligraphie. Le corps devient abstrait et disparaît dans son manteau… Tout, même le décor devient abstrait et cela le devient de plus en plus.

A.K. : Vous avez aussi réalisé des photos à partir de peintures sur verre. .

C.M. : On s’attend à voir une photographe, mais pas seulement ! J’ai peint sur verre et je l’ai éclairé de façon spéciale pour que cela donne une image. Ensuite je prends une photo. C’est un travail magnifique de peinture. Les montrer était perdre trop de magie. Personne ne connaît ces peintures sur verre. Je ne les ai presque jamais montrées. C’est aussi d’après des peintures de Giotto. Il faut toujours peindre dans la lumière et ensuite tout est découpé au cutter. C’est presque des morceaux de films. Des fils relient les objets. C’est le lien. Ensuite, depuis que je suis petite je couds. J’aime beaucoup les tissus, la matière. J’aime bien cette légèreté. J’aime vraiment construire des images. Ma série « Longue distance », c’est presque du dessin…

Je fais des expositions tous les 5 ans. Pour 2012 les sujets changent et le cadre est plus large.

A.K. : Quels sont les thèmes de vos nouvelles séries ?

C.M. : Pour la rétrospective,  il y aura aussi des dessins. Je travaille aujourd’hui le même genre de paysage mais de manière plus large. C’est plus difficile. L’idée, le sujet, c’est le théâtre en plein air. Dans mes séries nouvelles, j’ai fait appel exceptionnellement à une danseuse. J’aime les moments où ma famille est là. C’est un sujet parfait. Cela devient intuitif. C’est la bonne atmosphère. Je les ai sous la main et tout se passe dans cette élaboration de la vie de famille. C’est ma façon de travailler. Je ne pourrais pas m’arrêter, ils me tomberaient tous dessus !

Interview par Anne Kerner en mars 2011

Corinne Mercadier, Maison des Arts Solange-Baudoux, Place du général-De-Gaulle 27 000 Evreux. 33 0(2) 32 78 85 40. wwww.evreux.fr

Image, Corinne Mercadier, « Années Lumière », courtesy galerie Les filles du Calvaire, Paris.
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