Elina Brotherus, "Carpe Fucking Diem", Paris, gb agency, du 12/11/15 au 16/01/15

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Elina Brotherus livre une oeuvre égale à elle-même. Sobre et sublime. Le chemisier presque blanc, délicat et fragile. Elle a les cheveux longs et la frange toujours courte. Les yeux bleus. Qui transpercent sans faire mal. Rencontre.
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Ci dessus, photographies tirées du livre Carpe Fucking Diem, publié par Kehrer Verlag.

Camoufage_25cmMarcello's Theme_25cmDead Fox_25cm

Ci-dessus, les photographies de l’exposition.

Elina Brotherus livre une oeuvre égale à elle-même. Sobre et sublime. Depuis sa première exposition à la galerie gb agency en 2000, alors ancrée dans le 13è arrondissement, elle réalise des photographies et des vidéos, des « suites », dit-elle, des cantates christallines qui rappellent tellement les chefs d’oeuvres de Jean-Sébastien Bach. L’artiste se met en scène dans ses images. Elle se trouve au coeur de l‘oeuvre. De la vision. « Tout part de l’oeil », poursuit-elle en se rappellant Merleau-ponty. Souriante et calme, posée, elle explique son mode opératoire. Et elle part en quête, comme faisait déjà par exemple Pierre Bonnard à la fin du 19è siècle, qui se promenait le matin pour dessiner. L’appareil photographique, le pied et son chien avec elle, Elina Brotherus parcourt la nature et des lieux, et trouve ce qu’elle cherche. Les éléments, la lumière, la délicatesse et l’émoi d’un moment. Sa présence, qui apparaît dans l’image, comme dans une oeuvre de Veermer. Comme dans une oeuvre de Boëkling aussi. Mais c’est son regard qui nous prend, accroche, interroge. Demeure t-elle hors ou dans la nature ? Ce questionnement sur le monde dans des photographies et des vidéos où presque rien ne bouge, où la méditation apparaît comme l’élément central du travail, prend et dérange. Une humheilichkeit saisit. Dans un univers sobre, poétique et sublime. A.K.

Teaser

Interview

L’oeuvre filmique et photographique d’Elina Brotherus se compose essentiellement de paysages et autoportraits. Ses sujets témoignent à la fois de recherches purement formelles et aiment se reférer aux compositions de l’histoire de l’art tout en interrogeant l’existence humaine.
Depuis sa série Landscapes and Escapes (1998-1999) Elina Brotherus traite du désir humain de posséder un territoire en explorant la relation existant entre un individu et l’espace qui l’entoure: « Même si je ne suis pas toujours présente dans mes photos, il est important que je me présente a travers le monde qui m’entoure et à travers le monde qui me constitue ». (Elina Brotherus, Helsinki , Mai 1999)

Quinze années plus tard, l’exposition Carpe Fucking Diem reprend le thème de la figure humaine dans la nature, mais cette fois- ci, le sentiment qui s’en dégage est ambivalent. D’abord le titre semble contradictoire: l’allusion à la pensée épicurienne incitant à savourer le présent dans l’idée que le futur est incertain et que tout est appelé à disparaître paraît contrariée.
Six videos et six photographies rythment l’exposition comme des variations. Trois des vidéos sont tirées d’une suite Tango Trousers (2015), produite par le Musée Serlachius à Mänttä, Finlande. Elina Brotherhus a sollicité la musicienne accordéoniste Maria Kalaniemi afin de créer de nouvelles compositions pour ces courtes pièces filmées à Mänttä. La musique est souvent importante dans l’univers d’Elina Brotherus et cet accompagnement musical s’est imposé à elle.
Les photographies semblent prolonger les vidéos et vice versa ; notre regard glisse d’un médium à l’autre, d’une image furtive et en mouvement à un moment arrêté.
L’exposition marque le lancement du livre Carpe Fucking Diem, publié par Kehrer Verlag. La conception graphique est fait par le célèbre graphiste néerlandais Teun van der Heijden. Sa particularité est de penser la construction du livre photographique comme le montage d’un film. Dans ses nouvelles vidéos, Elina Brotherus a voulu renverser ce mode de penser et créer des montages comme si elle construisait un album ou une série photo.

L’ambiguité réside aussi dans le sentiment double autour de ces images: l’être humain, parfois en symbiose avec son milieu naturel, à d’autres moments n’appartient plus à celui ci. Marcello’s Theme (2015, durée 6′ 11 ») est une vidéo énigmatique mettant en scène l’artiste avec un chien dans une forêt ou dans un terrain à l’orée d’une ville, se recueillant près d’un renard mort. Plus tard on la retrouve à l’intérieur d’une maison, contemplant les forces de la nature derrière une vitre. L’accordéon de Maria Kalaniemi participe à un état de méditation. Chaque partition est marquée par un cadrage différent, un costume différent contrastant avec l’environnement ou au contraire s’y fondant. S’agit-il ici d’un questionnement sur notre identité, renvoyant dos à dos la part d’humanité et d’animalité en chacun de nous? La vidéo Mirror piece (2015, durée 2’10 ») ne répondra pas à cette question réellement.

Dans sa série Landscapes and Escapes, Elina Brotherus disait construire ces grands paysages comme des espace de repos afin d’inviter le spectateur à y entrer. Aujourd’hui, ses images frontales (Camouflage, 2013) nous prennent à témoin, sans détours, ni complaisance.
Elina Brotherus s’intéresse à l’art de la performance dans ses origines dans les années 60-70. Dans deux des vidéos présentées, Mirror Piece (2015, durée 2’10 ») et Event for Midnight (2015, durée 1’10 ») elle utilise des instructions d’une artiste japonaise du mouvement Fluxus. Les mises en scène de ces petites actions solitaires, la nuit comme le jour, explorent la place de l’homme dans un univers vaste et complexe. Des gestes simples sont rejoués, recadrés pour y trouver un écho presque irréel ou surréaliste. Les images semblent défiler comme un conte à la fois onirique et triste. Le banal devient étrange et le familier presque menaçant.

Le paysage se transforme en une scène de theatre dans le film 16 mm réalisé avec l’artiste finno-américaine Victoria Schultz. Deux femmes enlèvent leur masque représentant des animaux. L’une est chauve et l’autre se peigne les cheveux puis promène un chien. Les deux femmes se mettent à danser, la plus jeune a les pieds liés. Elles versent de l’eau puis une des deux récite le poème Howl d’Allen Ginsberg. Le film reprend la même technique d’écriture, le parataxis, que celle utilisée par le poète en associant des images et fragments qui n’ont pas de relation. Cette oeuvre performative rend hommage, dans sa forme et son contenu, à l’esprit subversif du poète. Elle témoigne aussi d’un rapport à la vie, d’une forme de résistance au diktat des conventions.

Carpe Fucking Diem est la septième exposition personnelle d’Elina Brotherus chez gb agency. Carpe Fucking Diem est peut-être ce constat parfois amer mais certainement assumé des questionnements sur l’existence humaine et sa capacité à tendre vers quelque chose de meilleur.

Carpe Fucking Diem. Une exposition personnelle d’Elina Brotherus, gb angency, 18 Rue des Quatre-Fils, 75003 Paris. Tél. : 01 44 78 00 60. Du 12/11/15 au 16/01/16.

(images copyright Elina Brotherus, courtesy gb agency Paris)

Text by William A Ewing about  » Femme à sa toilette ».

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Elina Brotherus’ self-portrait, Femme à sa toilette, marks a moment in her series The New Painting where she began to delve more deeply into art history and leave behind the more autobiographical aspect of her work. For those who think of her primarily as a still, solitary presence contemplating vast landscapes of pristine beauty, this sudden close-up comes as a shock, as if we opened the door to the bathroom without realising a stranger was inside. The work’s title, of course, tells us that she is thinking here of the female nude as seen by Degas, Cézanne , Bonnard and male painters belonging to the rich tradition going back to such Renaissance masters as Bellini, but I am struck by a resemblance to a nude ‘à sa toilette’ by a female painter, the Impressionist Berthe Morisot: we see the same profile in both studies, the same expanse of white flesh. Morisot’s subject, however, is still an object of delectation, whereas Brotherus isn’t really giving us a nude at all, but rather a self-portrait, a confession and admission of vulnerability rather than an image of titillation. It is best appreciated within her larger series of melancholic self-portraits set within modest domestic interiors, mattress-on-the-floor kinds of places suggesting only momentary relief on a long journey.

 

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