Thibaut Cuisset, Transition, Rencontres d'Arles 2013

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Dans ses pérégrinations proches et lointaines, des bords de Loire au Japon, le photographe Thibaut Cuisset réalise un travail d’épure pour capter l’esprit, l’essence de paysages captés dans l’errance. Pour Transition en Arles il est allé en Afrique du Sud apportant des images fabuleuses et sobres.

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Partir. Pour « être en  état de voyage ». Libre. Détaché. Autonome. Partir. Pour « explorer de nouveaux territoires ». Et l’errance, encore, toujours, sans cesse, pour laver, purifier le regard. L’errance. Vers le proche et le lointain. Sur les bords de la Loire comme en Corse, en Italie, en Suisse. Mais aussi pour une envie d’ailleurs insistante, nécessaire, vitale, de contrées de plus en plus éloignées ou de plus en plus vastes.  L’Australie, le Japon, la Turquie, l’Islande. L’errance… Thibaut Cuisset part en photographie comme il part en campagne. « C’est ma méthode de travail et non une philosophie de l’existence », insiste t-il. Ni nomade, ni sentimental, encore moins romantique, le jeune homme parcourt donc le monde. Dans des zones initiatiques sans histoire, sans spectacle, sans tourisme, sans pittoresque. Et depuis près de quinze ans, il livre des propositions paysagères autres. Différentes : « L’idée d’un lieu sur lequel on ne porte pas forcément les yeux, et lui trouver une émotion, une poésie ». Naissent des images de l’entre. « Des espaces incertains, périphériques, des endroits banals ou insignifiants », explique t-il. De ces morceaux de nature trouvés au bout du bout du chemin. Là où l’on n’espère plus. Où l’on ne croit plus. Où les pas ne portent plus. Mais là aussi où l’étonnement, le mystère, le secret et la beauté, oui, la beauté exhalent. De partout.

De bords de mer en terrains vagues. De déserts en banlieues. De collines en montagnes. Thibaut Cuisset glisse sur les pentes d’un miracle silencieux. Il s’est nourri d’images. Celles de la peinture, de la photographie, du cinéma surtout. Son oeil a fouillé le style documentaire de Walker Evans et les tableaux photographiques de Jean-Marc Bustamante. Son regard a répertorié les décors quotidiens qui palpitent et ne demandent qu’à vivre dans les arrières plans des films néoréalistes italiens et de la nouvelle vague française. Pasolini, Antonioni hantent ses contemplations terrestres. Wim Wenders soutient ses vagabondages. Comme eux, il donne à voir une musique des signes élémentaires, une poésie affirmée du précaire. Car ses recherches, ses lectures, ses aventures quêtent l’effacement et l’impondérable. Et c’est ce qui fait oeuvre dans le travail de Thibaut Cuisset. Cette merveilleuse conciliation du vide et du plein. Cet équilibre sur le fil du rasoir de l’organique et de l’inorganique.  Ce sentiment constant de présence au coeur de l’absence. Parce que ses architectures apparaissent anonymes. Parce que ses lieux restent indéfinis. Parce que dans le transitoire et le trouble, dans l’inachèvement et l’éphémère, on ne sait plus où se situe la frontière entre la main de l’homme et les accidents de la nature. « Pour créer, avoue t-il, au-delà de la représentation, mon propre monde ».

«C’est par une étude rigoureuse d’élimination que le mystère se crée. Mon travail sur pied et à la chambre me permettent le retrait et la distanciation  ». Et le mot « épure » de se bousculer à ses lèvres. « J’épure au niveau du cadrage, de l’anecdote, du récit, du pathos. Je travaille sur la disparition des ombres. Je réalise soit un choix précis de couleurs, soit un fondu au clair dans des tons de camaïeux ». Méditation. Contemplation. Essence. Etonnement et sans les connaître, Thibaut Cuisset  utilise les mots des peintres-calligraphes chinois. Et atteint le principe même de l’univers. L’universel. A trois siècles près, l’ombre du peintre Shitao plane sur l’oeuvre du photographe : « Le Ciel enlace le paysage au moyen des vents et des nuages, et la terre l’anime au moyen des rivières et des rochers ». En effet, ici aussi, la ligne pure d’un chemin se faufile entre les collines, l’impeccable horizontalité de la mer se pause entre le sable et les roches lointaines, les troncs de vignes sèches apparaissent comme des signes fébriles sur la roche jaunie, et les buissons et les herbes si précises des premiers plans comme autant de lettres d’un alphabet imaginaire  Partout et toujours ces paysages qui l’obsèdent. En apparence calmes et paisibles. La terre, la mer, la montagne. Voyages désormais dans les couches du temps. Dans ses profondeurs. Voyages de l’âme qui se cherche et se trouve. Là. Dans le rythme parfait des verticales et des horizontales. Dans la tension de l’épaisseur et de la fluidité. Dans le contraste des replis et des ressauts. « Partir pour mieux revenir », murmure Thibaut Cuisset. Parce que « La montagne vide ne voit personne. Elle entend seulement des voix », écrit Wang Wei. Partir.

Anne Kerner

 

« Thibaut Cuisset, John Davies, Gilbert Fastenaekens, Paola de Pietri », Vitré, Arthotèque, Du 26/01 au 10/03/13.

« Thibaut Cuisset » est représenté par la Galerie les Filles du Calvaire, 17, rue des Filles-du-calvaire, 75003 Paris. Tél. : 01 42 74 47 05.

www.fillesducalvaire.com

Image, Thibaut Cuisset, « Syrie », courtesy les Filles du calvaire, Paris
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