Wolf Cuyvers, Paris, Le Regard du Temps, CulturFoundry. Du 3 au 12 juin 2021.

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Wolf Cuyvers, Paris, Le Regard du Temps, CulturFoundry. Du 3 au 12 juin 2021.

Sous l’égide de l’association CulturFoundry et de Frédéric Lorin, l’exposition Le Regard du Temps rassemble dix-neuf artistes. Parmi eux,  Wolf Cuyvers. Interview par Anne Kerner.

 

Anne Kerner : Pouvez-vous me parlez des oeuvres que vous présentez à l’exposition ?

Mes œuvres se nourrissent de tout ce que l’espace urbain est en capacité de produire, ingérer, digérer et finalement recracher. Les objets ou mots prélevés qui intègrent mon inventaire fonctionnent comme des marqueurs. Ils témoignent d’un balisage et d’un marquage du territoire ; signalétique, mobilier urbain, banderoles publicitaires ou encore graffitis. Les mots sont infusés du langage urbain. Graffitis et autres déchets textuels publicitaires sont soigneusement prélevés (de manière littérale ou alors notés) pour rejoindre un vaste inventaire de mots ou phrases, source de nouvelles compositions créées sur le principe du Scrabble.

Mots et objets issus des cueillettes urbaines rejoignent l’atelier et toute cette matière est ensuite nouvellement absorbée, triée, transformée et détournée pour donner vie à des reliques urbaines.  Les mots et phrases récoltés ont été compilés, transposés, parfois réimprimés, parfois découpés pour une nouvelle exposition (au sens premier). Jeux de mots, figures de style et autres aphorismes viennent alors contrebalancer la brutalité des matériaux — non sans ironie. Les poèmes peuvent se figer dans des blocs en plâtre où les plis hésitent entre le froissé et le drapé, à l’image de la ville qui ensevelit l’information textuelle. Certains morceaux d’affiches et autres supports publicitaires déchirés donnent naissance à des œuvres aux allures de lettres de corbeaux poétiques.

 

A. K. : Comment votre œuvre s’intègre au thème de l’exposition « Le Regard du temps » ?

Les œuvres présentées attestent d’une sensibilité aigüe à l’environnement urbain et se portent témoin d’une société en souffrance ciblant les signaux de ce mal-être que les usagers ont occulté par habitude. Il n’est pas question de montrer ce qui est caché mais révéler ce qui est montré et dont la visibilité est enfouie dans la surabondance des images et des mots qui composent une ville. Car il s’agit bien là d’une vie urbaine souffrante qui est dévoilée ; des couvertures de survie, des banderoles de programmes immobiliers neufs dégueulasses et abandonnées, des S.O.S que l’activité de la ville a fini par oublier, une maîtresse en détresse à la recherche de son animal domestique, des déclarations personnelles à la poésie maladroite, des revendications politiques et sociales. Et pourtant l’œuvre nous offre une porte de sortie. Le champ des batailles est aussi le lieu des mutations et des changements à venir et son œuvre nous montre à quel point la créativité peut participer à réinventer notre société.

CulturFoundry, 36, rue du Fer-à-Moulin, 75005 Paris.