Lors de sa résidence, Sylvain Polony s’est immergé au cœur de la nature.
Extrait du texte du catalogue réalisé pour la résidence LESTES CERESTI, crée par Nathalie Bertoux à Cereste-en-Luberon. Par Anne Kerner.
Avec juste un grand carton de feuilles sous le bras et quelques crayons. Son geste fluide, vif et précis a saisi l’essence du paysage, les empreintes silencieuses des fossiles et le mystère du Prieuré de Carluc, joyau de l’architecture rupestre médiévale en Provence. À travers ses œuvres, présentées à la Maison Médiévale de Céreste, l’artiste partage une véritable aventure humaine, une expérience de vie. Plus encore, un témoignage qui invite chacun à réfléchir au dialogue intime entre l’homme et la nature. L’insupportable et pourtant si merveilleuse fragilité du monde.
Qu’avez-vous éprouvé en vivant à Céreste ?
Je suis allé en résidence à Céreste à plusieurs reprises. J’ai vécu dans le village au printemps et en été, et j’ai ressenti à quel point cet endroit est en lien avec son territoire et son paysage.
Comment avez-vous travaillé au cours de la résidence ?
Le matin, je partais pour une longue et intense journée de randonnée. C’était merveilleux. J’avais l’impression de retrouver mon adolescence. Dessiner d’après nature, partir avec un carton, c’est une démarche que l’on suit lorsqu’on découvre le dessin et la peinture. C’est une pratique que les artistes ont suivie pendant des siècles. Tout d’un coup, en résidence, c’était un retour à ces émotions qui relèvent de l’attention portée à ce qui se passe.
Céreste offre une incroyable variété de végétaux, d’animaux et de géologie, ce qui a généré deux temporalités assez différentes : une dédiée à la déambulation dans le territoire et un rapport au paysage à grande échelle, ainsi qu’une autre dans l’espace de l’atelier, plus restreint, axé sur de petits éléments collectés et un regard qui se concentre sur eux.
Pourquoi êtes-vous revenu au dessin d’observation ?
Je pense qu’il y a chez moi une certaine saturation des images et l’envie de capturer des choses qui se rapportent à la vie. Avec la déambulation à travers le territoire, associée à la rigueur exigée par le dessin d’observation, on est amené à se remettre en question, à s’adapter et à tenter de saisir ce que l’on a sous les yeux. Cela résonne tout à fait avec des sujets contemporains. S’intéresse-t-on à des réalités locales ou à des problématiques globalisées ? S’intéresse-t-on à la virtualité ou à la réalité ? Ces questions doivent revenir au cœur des préoccupations.
Quels sujets avez-vous dessiné à Céreste ?
J’ai commencé par des fossiles, ramassés sur la route, des paysages, et ensuite un travail sur les écorces des arbres du village. J’ai réalisé des dessins en couleur, mêlant encre et aquarelle, qui ressemblent à des zooms sur de petits détails. À l’inverse, d’autres croquis m’ont servi à créer des œuvres de très grand format, des paysages, même si ce sont des représentations reconstituées. C’est vraiment le fruit d’un rapport à l’espace et au temps qui s’est concrétisé durant cette résidence.