Ici, l’image ne se contente pas d’être regardée. Elle se traverse, se ressent, parfois nous bouleverse. Pour sa cinquième édition, OFFSCREEN investit à nouveau la majestueuse Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière et fait dialoguer l’art contemporain avec une architecture chargée d’histoire. Sous la direction de Julien Frydman, 29 artistes et autant de galeries internationales explorent les territoires mouvants de la photographie, du cinéma expérimental et de l’installation.
Invitée d’honneur, Ana Mendieta en est l’âme vibrante. Disparue à seulement 36 ans, l’artiste cubano-américaine a fait de son corps, de la terre, du feu et de l’eau les éléments d’un langage aussi charnel que spirituel. Dans la rotonde, six films présentés par Marian Goodman font ressurgir ses célèbres Siluetas, empreintes éphémères d’un corps qui semble vouloir se fondre dans la nature. Une œuvre radicale, hantée par l’exil, l’identité et la disparition, dont la puissance résonne étrangement avec notre époque.
Autour d’elle, les regards se multiplient. Le Ghanéen Ibrahim Mahama, chez APALAZZOGALLERY, interroge les traces de l’histoire et les mémoires collectives, en écho à son exposition à la Fondation Cartier. Pionnière de l’art vidéo, Steina Vasulka, présentée par BERG Contemporary, fait vibrer les écrans dans une installation de 21 moniteurs. Chez Suzanne Tarasieve, Boris Mikhaïlov dévoile une photographie âpre, traversée par les fractures de l’histoire. Rinus Van de Velde, chez Max Hetzler, brouille les frontières entre fiction et réalité, tandis qu’Andrea Geyer, chez Zander Galerie, revisite les récits oubliés.
Les découvertes se poursuivent avec Giovanni Ozzola chez Galleria Continua, Barbara Bloom chez Gisela Capitain et Capitain Petzel, Laurent Millet chez Binome ou encore Adel Abidin chez NIKA Project Space. Sans oublier les dialogues avec les grandes institutions, de la Pinault Collection au Whitney Museum, et le programme Acquisitions et Découvertes, qui rapproche artistes, collectionneurs et musées.
Dans cette chapelle où résonnent encore les mémoires de Christian Boltanski, Bill Viola ou Nan Goldin, OFFSCREEN cultive une liberté rare. Une foire qui préfère l’expérience au spectaculaire, le trouble à l’évidence. Et nous rappelle qu’une image peut encore nous saisir bien après avoir disparu.