Nicolas Delprat, Bruxelles, Michèle Schoonjans Gallery. Du 14 mars au 30 avril.

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Nicolas Delprat, Bruxelles, Michèle Schoonjans Gallery. Du 14 mars au 30 avril.

Nicolas Delprat questionne la peinture avec toujours la même exigence pour une noyade plus profonde dans des « atmosphères » à couper le souffle. L’artiste, nourri par l’histoire de l’art et ses grands maîtres, de Caravage à James Turrell et Dan Flavin,  aborde l’expérience de la lumière. Comme le disait un collectionneur à propos de Hans Hartung,  «c’est ainsi qu’une toile … c’est sans doute, un moment de l’existence du peintre ; mais, plus encore, c’est un moment de notre civilisation, avec les contraintes, les dangers, les espoirs qu’elle apporte et qui, en grande partie, déterminent l’attitude individuelle de chacun». Bien plus qu’une quête de la sensation, Nicolas Delprat en restitue donc une mémoire. Sur la toile et le papier, le voilà qui intervient au pistolet et depuis peu, ose.  Il ose enfin le geste. Revenir  au toucher et au frôlement. A la sensualité. Fini la distance avec l’oeuvre. Le pinceau marque,  la coulure, glisse. Les jeux de l’espace se multiplient. Les verts merveilleux côtoient des roses inouïs. Pris par tant de tensions, de pression, d’émotion, le visiteur  traverse l’intemporalité de la peinture. Son silence est le silence du monde.  Sa trace est la trace de l’humain.  Cette exposition présente un ensemble choisi qui montre le parcours de l’artiste depuis plusieurs années et le fait entrer, aujourd’hui, c’est sûr, dans l’histoire de la grande peinture. 

Interview de Nicolas Delprat par Anne Kerner, le 20 mars 2021.

 

Anne Kerner : Que présentez-vous à l’exposition ?

Nicolas Delprat : Je propose un ensemble de peintures récentes et anciennes sur toiles et sur papiers que nous avons sélectionné avec la galerie Michèle Schoonjans (Bruxelles).  Ici, les pièces de la série James et Dan dans leurs dernières évolution.

 

A. K. : Parlez-nous de la dernière toile que vous venez de finir ?

N.D. : Il s’agit de Dan évolution 5. J’y ai rendu visible une certaine spatialité dans le geste. Je commence par réaliser le motif d’un tube de lumière sur un fond noir. Au cours de la réalisation j’applique une trace de pinceau avec de la peinture noire. Dans un second temps je retravaille mon motif. Le tube passe donc devant la trace de peinture. Puis je finis par une trace du geste avec la brosse de peinture. Je crée ainsi un décalage, car le motif lumineux passe entre les deux passages de pinceau. Je ramène ainsi une spatialité, une perspective, une profondeur. Ce passage de brosse reste en suspension dans la toile.

 

A. K. : Du coup, les gestes identifient la peinture…

N.D. : C’est aussi une manière de révéler les outils de peinture que j’utilise lors de la réalisation. Tous ces éléments qui participent à la fabrication de l’image : les pinceaux, le pistolet peinture mais aussi les scotchs…

 

A. K. : Avant, vous étiez distant de l’oeuvre,  aujourd’hui , avec le geste, vous vous en approchez….

N.D. : Désormais, je questionne le geste, l’action de peindre, j’énonce les outils avec lesquels je travaille, mais cela reste un élément de construction de l’image qui participe à donner une perspective ou à donner une tension. Les scotchs par exemple sont apparus parce que j’ai fait une série sur papier pour une commande pour la galerie Maubert (Paris). Habituellement je travaille essentiellement sur une toile très lisse. Pour ce projet j’ai imaginé un travail sur papier avec une qualité de surface différente et j’ai gardé les traces du processus de création.

 

A. K. : Quel est le travail qui vous a amené à cette prise de conscience ?

N.D. : C’est lors de mon intervention dans les ruines d’un village abandonné de Navarre que j’ai quitté les limites du tableau pour adosser une installation picturale minimaliste aux entrées des maisons délabrées. J’ai réalisé pour cette intervention in Situ un travail de peinture phosphorescente sur tubes d’acier. Proposant ainsi, de nuit, un décor de lumière, géométrique et construit. J’ai ensuite poursuivi une évolution de ce travail sur toile lors de ma résidence à la Casa de Velázquez à Madrid, en inversant le processus.

 

A. K. : Parlez-nous de « James  »

N.D. : La série James fait écho au souvenir d’une expérience de l’installation de l’artiste minimaliste James Turrell. Elle montre l’apparition d’une lumière blanche, le passage d’un espace à un autre est énoncé. De l’obscurité à la lumière. Je n’y peins pas l’oeuvre de James Turrell : ce qui m’intéresse c’est ce que l’on voit depuis le corridor obscur qui mène à l’installation,  une porte nimbée d’une lumière atmosphérique émanant de la salle.
Conservant finalement que le souvenir au détriment de l’oeuvre elle-même.

 

A. K. : Aujourd’hui, avec le geste vous réintroduisez même la coulure ?

N.D. : Les traces de brosse, l’éclaboussures qui s’écoulent le long de la toile, rappellent la nature liquide du médium et introduit une notion de temporalité et induit également une narration.

 

A. K. : Vous faites un travail atmosphérique comme celui de Hans Hartung ?

N.D. : J’apprécie beaucoup l’œuvre de Hans Hartung. C’est un artiste majeur pour moi. Il a su créer un langage visuel innovant.

 

A. K. : Votre travail est le fruit d’une longue patience…

N.D. : Dans mes peintures, je pars toujours d’un fond noir mat sur laquelle je viens déposer des couches successives de peinture très diluée. Ma difficulté, c’est de monter en lumière sur cette surface tout en mettant un minimum d’épaisseur pour rendre cette peinture atmosphérique. C’est une matière proche d’une image projetée de cinéma.

 

Michèle Schoonjans, Rivoli #25, Waterloosesteenweg, 690 Chaussée de Waterloo, 1180 Brussels, +32 478 71 62 96, info@micheleschoonjansgallery.be,