Organisée par la Maison Caillebotte, pour la Ville de Yerres, sous le commissariat de Valérie Dupont- Aignan directrice du lieu, l’exposition « La nature n’est pas un décor » propose une traversée sensible et picturale du paysage.
L’exposition est née du désir de faire dialoguer des œuvres de Claude Monet, à l’occasion du centenaire de sa disparition avec celles d’artistes contemporains, déjà liés à la Maison Caillebotte pour y avoir exposé et aimé le lieu. Tous partagent une même exigence, peindre au plus près de la sensation, révéler les forces invisibles à l’œuvre dans la nature. Donner forme à ce qui échappe au regard immédiat.
De Claude Monet aux artistes contemporains, l’exposition réunit une soixantaine d’œuvres de Jacques Truphémus, Markus Lüpertz, Érik Desmazières, Malgorzata Paszko, Evi Keller, Charlotte de Maupeou, Ronan Barrot, Youcef Korichi
Assis au bord du bassin de son jardin à Giverny, Claude Monet découvre ce qui deviendra l’une des révolutions majeures de la peinture : le miracle des Nymphéas. Dans sa quête incessante de la lumière, il dissout progressivement les frontières de l’espace pictural. La peinture n’est plus une « fenêtre » ouverte sur une scène, mais un espace immersif dans lequel le spectateur est invité à entrer. La distance entre l’œuvre et celui qui la regarde s’efface : les éléments naturels fusionnent, l’espace se fait enveloppant et sensoriel.
La peinture privilégie désormais l’expérience immédiate plutôt que la narration. Elle ne cherche plus à représenter le monde, mais à en restituer la vibration, la matière et la lumière. Par ce geste radical, Monet ouvre la voie à la peinture moderne et élargit considérablement le champ des possibles.
À travers une soixantaine d’œuvres, le parcours de l’exposition se déploie en neuf salles, chacune consacrée à un artiste contemporain répondant à sa manière aux questions ouvertes par Monet : que devient la peinture lorsque le paysage cesse d’être un motif pour devenir une expérience du regard ? Que devient la nature lorsqu’elle n’est plus un décor?
Le paysage y est entendu dans un sens large : il englobe campagnes, jardins et espaces naturels, sans exclure le paysage urbain, comme dans les œuvres d’Érik Desmazières.
Selon les effets recherchés – sensation, théâtralité, révélation ou méditation – dialoguent avec les Nymphéas de Monet les profondeurs telluriques d’Evi Keller, l’intimité lumineuse de Jacques Truphémus, la mémoire et la forme chez Markus Lüpertz, les atmosphères suspendues de Malgorzata Paszko, l’hyper-perception de Youcef Korichi, les paysages gravés d’Érik Desmazières loin du bruit du monde, la puissance de la couleur chez Charlotte de Maupeou ou encore la densité picturale de Ronan Barrot.
Sans filiation stylistique apparente, ces œuvres se répondent pourtant. Toutes partagent avec Monet une même liberté face à la nature et à sa représentation.