Gao Bo, Paris, Maison européénne de la photographie, jusqu’au 16 avril

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Gao Bo, Paris, Maison européénne de la photographie, jusqu’au 16 avril

Interview de François Tamisier, commissaire de l’exposition.

Gao Bo est un artiste chinois né en 1964 dans le Sichuan, dans l’est de la Chine. Il a bâtit toute sa personnalité d’artiste autour de sa colère, sa colère contre le monde qui n’est pas beau. Très vite, il est entré aux Beaux-Arts et s’est intéréssé à la force de la photographie et l’a utilisé comme moyen d’expression. Il a vite largement dépassé le cadre de la photographie pour en faire un outil de communication et de réflexion.

Gao Bo est un artiste au sens complet du terme, multiforme ou proéiforme car il n’a aucun frein pour s’exprimer. Il écrit par exemple avec son sang qu’il mélange ou non à l’encre de Chine. Ce qui livre une oeuvre irrémédiable. Gao Bo va donc profondément dans son intimité physique. Il fait partir la force vital qu’il a en lui. Il y a une sorte de permanence dans son oeuvre, celle de refuser toute situation simpliste. Il a d’ailleurs même fait de l’architecture et du design à Dubaï.

Quel travail fait-il ?
Dès les années 2010, Gao Bo s’est retiré pour rendre visible la douleur du monde. Pour se révéler à lui-même. Il doit ainsi explorer tout ce qui est dans l’univers, aussi bien la musique, l’opéra et les concerts qu’il apprécie énormémént.… Comme beaucoup de créateurs chinois, il n’est pas spécialisé dans un seul domaine. Tous créent une oeuvre d’art totale. La pensée universelle, je pense, revendique moins le droit à l’auteur et la marchandisation de l’art.

Quels sont ses sujets ?
Gao Bo aborde tous les sujets avec un équilibre total global. L’une des salles montre son oeuvre réalisée au Tibet de 1995 à 2005, où il a réalisé un travail de reportage. Il en fait un terreau qui met en jeu beaucoup de poésie, de philosophie, de matière même. S’il a dessiné des espaces, on a pu voir sa facilité à se nourrir de tout et de tout métamorphoser.
En 2008, il laisse tomber le design pour exercer sa réflexion de manière plus pointue, plus libre de toute contrainte pour libérer sa colère. Une forme d’apaisement se met alors en place que l’on peut admirer dans la dernière salle de l’exposition.
Son travail tourne autour de l’humain. Dans cette dernière salle, il présente une oeuvre de 14 mètres de longueur en trois volets dont « Requiem » et « Naissance du Requiem ». Il y a aussi une toute petite oeuvre qui rend hommage à sa mère qui a pris à 33 ans la décision de disparaître partiquement devant lui. Ainsi toute son oeuvre se pose la question de la vie, de l’amour, de la disparition et de l’apparition. Il trouve sa puissance de création dans la colère mais arrive à une objectivation positive. Toute son oeuvre est une interrogation face à la disparition de sa mère.
Dans la deuxième salle, le visiteur peut voir des images de prisons chinoises, entre autre des prisonniers condamnés à mort. Dans sa quête de la disparition, il capte des portraits d’hommes, pour la dernière fois.
Il a été aussi élevé lors de la période maoiste et a été le témoin d’exécutions, des slogans culturels mis en scène pour éduquer les foules. Il a donc vécu une adolescence terrible et murit très vite. A 9 ans l’immensité de la blessure de la perte de sa mère ne s’effacera pas. Gao Bo instaure d’emblée un rapport intime, direct avec le spectateur. Il en naît une mise à nu de soi même.

Quel en est le parcours ?
Le parcours est thématique et lié aux espaces de la MEP. Gao Bo met le visiteur directement face à l’oeuvre comme si nous étions dans l’atelier de l’artiste. Ici l’espace est beaucoup plus intimiste mais nous ne pouvons échapper à ses oeuvres et au regard de ses personnages car elles vont carrément du sol au plafond.On s’immerge. C’est le principe même de l’exposition. Les cinq grandes salles de la MEP correspondent aux thématiques qui s’enchaînent.

Maison européenne de la photographie, 5/7 Rue de Fourcy, 75004 Paris. Tél : 01 44 78 75 00. www.mep-fr.org