Carolyn Carlson, Paris, galerie Isabelle Gounod. Du 16 octobre au 21 novembre 2020.

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Carolyn Carlson, Paris, galerie Isabelle Gounod. Du 16 octobre au 21 novembre 2020.

Durant ses années de formation à New York, alors qu’elle danse pour Alwin Nikolais, Carolyn Carlson côtoie l’avant-garde américaine des années 60 comme les musiciens Barre Philips, John Cage et Philip Glass, ou bien encore le philosophe et créateur lumière John Davis, qui devient son compagnon. C’est à cette époque qu’elle réalise ses premières encres, accomplies d’un souffle dans le cadre d’une initia-tion à la méditation zen. Elle y trouve une clé pour son travail de danseuse, « la joie de faire des gestes spontanés sans idée en tête, seulement l’acte de faire » (propos de l’artiste) et ne cessera dès lors d’unir sa pratique de la danse à celles, plus confidentielles, de la calligraphie et de l’écriture. 

Source de contemplation, mais également d’inspiration et de création poétique, le dessin spontané vient, ici et là, se mêler aux mots, citations et poèmes, fruits d’un temps plus long, qui est celui de la composition et de la réflexion. Deux temporalités qui, par leur cohabitation sur le papier, semblent désigner les énergies contraires et néanmoins complémentaires qui constituent pour Carolyn Carlson les éléments d’une maîtrise instinctive de la perfection du geste. Ou quand la poésie se dérobe au seul langage pour s’énoncer autrement dans l’espace, c’est-à-dire par la ligne (celle du corps, du signe ou de la lettre) et le mouvement (de la main, de l’esprit et du cœur).

 

A Woman of many faces. Questions à Carolyn Carlson, danseuse, chorégraphe, artiste visuelle. Propos recueillis par Lydia Harambourg. Extrait. 

 

Lydia Harambourg : Le public vous connaît comme danseuse interprète et chorégraphe, et va bientôt vous découvrir artiste dessinatrice. Quels liens voyez-vous entre ces activités ?

Carolyn Carlson : Sur tout mon parcours de vie, j’ai l’impression de faire partie d’un immense champ de fils ; s’interconnectant, s’entrecroisant, couche après couche, une synchronicité d’événements dans un flux continu. Un champ de dons inhérents.

Mon travail d’artiste qui danse, se produit, chorégraphie, écrit de la poésie et dessine est une accumulation d’expériences révélant une tapisserie de fils se connectant au sein de la toile de l’univers, captant intuitivement des énergies au-delà de notre compréhension.

Je me perçois comme une messagère : les idées entrent dans mon esprit sans que je n’en connaisse leur source.

Le point fixe où la danse commence, dessinant sur le papier les veines d’une arabesque, déposant un poème spontané sur un fil, une image et une poésie qui partagent les mêmes idées. Un geste déplaçant l’air environnant.

Un mystère comprimé dans des moments infinis de création. Éphémère. Imprimé. Original.

 

L.H. : Parlez-nous de votre formation multiple, de danseuse, de calligraphe, de poète…

C.C. : « Je suis une autodidacte en poésie, en dessin et en calligraphie, influencée par un maître zen. À New York, dans les années 1960, j’ai fait une importante découverte en prenant un cours de méditation zen. Nous devions spontanément dessiner une encre, en une seule respiration. C’était impressionnant de voir le résultat de notre « souffle d’encre » sur le papier, sans aucun jugement. J’y ai trouvé une clé pour mon travail, la joie de faire des gestes spontanés sans idée en tête, seulement l’acte de faire. En plus des principes très forts de mon maître Alwin Nikolais, j’ai trouvé d’autres façons d’étendre la danse vers le papier et l’écrit. John Davis a été également d’une grande influence, il m’a dit un jour :

Pour vraiment comprendre ce que tu veux donner aux autres en tant qu’interprète ou chorégraphe, écris-le et dessine tes visions. Sa confiance dans mon travail m’a poussée à écrire des poèmes et dessiner à l’encre. Et je pense que mon travail d’improvisation avec Nikolais a encouragé mes travaux calligraphiques, qui peuvent être comparés à des solos imaginaires et spontanés. […]

Mon influence a débuté avec l’ensō, les cercles d’illumination zen. Un trait de pinceau de calligraphie qui crée un cercle exprimant la totalité de notre être. Carl Jung se réfère au cercle comme un archétype du Soi comme totalité de soi-même. L’ensō est peut-être l’élément le plus courant dans la calligraphie zen. Il symbolise l’illumination, le pouvoir et l’univers lui-même. C’est l’expression directe du « moment-tel-qu’il-est ». Mis à part ces cercles, le maître japonais offre une transmission de la poésie en dehors du cercle, comme un moyen de communication direct vers l’esprit humain. Cette révélation a été le début de ma série de dessins de cercles, comme un état méditatif mais aussi comme trace de la permanence, alors que la danse vit et meurt dans l’instant de son exécution. Cela a été le début également de quarante ans d’étude du bouddhisme, qui fait partie de ma vie d’artiste et de femme. L’ensō en lui-même mérite sa propre récompense. Il n’a pas de cause en dehors de lui-même et n’a pas d’autre effet que lui-même ».

Galerie Isabelle Gounod. Adresse : 13 Rue Chapon, 75003 Paris. Téléphone : 01 48 04 04 80