Alice Diop filme ceux que l’on ne regarde pas.
Née à Aulnay-sous-Bois de parents sénégalais, cette cinéaste majeure du cinéma français explore depuis vingt ans les identités, les fractures sociales et les mémoires invisibles. Révélée par ses documentaires La Mort de Danton, La Permanence et Vers la tendresse, César du meilleur court métrage en 2017, elle signe avec Nous un portrait bouleversant de la France contemporaine. Puis vient Saint Omer, son premier long métrage de fiction, Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise en 2022. Un film magistral sur la maternité, l’exil et les silences de la filiation.
Invitée par Miu Miu pour Art Basel Paris, elle investit le Palais d’Iéna avec Geste de Consolation, sa première exposition. Une œuvre chorale, intime et politique, qui prolonge son cinéma. Comment libérer les femmes noires des représentations qui les ont trop longtemps enfermées ?
Diop convoque celles qui ont nourri sa pensée. Zanele Muholi, Audre Lorde, Zadie Smith, Marie NDiaye. Images, archives, littérature et danse se répondent. Nadia Beugré fait du corps un espace de résistance. Jusqu’à l’apparition monumentale de Sentinel (Mami Wata) de Simone Leigh, bronze de près de cinq mètres.
Un geste de mémoire et de réparation. Une invitation à regarder autrement, à reprendre possession de son récit et de sa liberté. « Je veux que mon commissariat place au centre les gestes de consolation imaginés par des artistes femmes noires, chacune active dans sa propre discipline, afin de réparer le regard fétichisant auquel des siècles d’histoire de l’art nous ont confinées », a-t-elle avoué.