Grayson Perry questionne notre genre et notre identité à la Monnaie de Paris. Du 19/10/2018 au 03/02/2019

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Grayson Perry questionne notre genre et notre identité à la Monnaie de Paris. Du 19/10/2018 au 03/02/2019

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Grayson Perry, 2017 © Thierry Bal

 

Né à Chelmsford, dans le comté d’Essex en 1960, Grayson Perry vit et travaille à Londres. L’expositionThe Most Popular Art Exhibition Ever! a été présentée à la Serpentine Gallery à Londres au cours de l’été 2017, puis au Centre Arnolfini à Bristol. D’autres expositions monographiques se sont tenues récemment au ARoS Aarhus Art Museum à Aarhus (2016), au Bonnefanten Museum à Maastricht (2016), au Musée d’art contemporain de Sydney (2015–16) et au Turner Contemporary à Margate (2015). En 2011, le British Museum a présenté The Tomb of the Unknown Craftsman, une exposition dans laquelle Perry combinait ses propres œuvres avec des pièces choisies dans la collection du British Museum.

The Vanity of Small Differences est une série de tapisseries monumentales où Perry explore le sujet du goût dans la Grande Bretagne contemporaine. La réalisation de ses œuvres a été racontée dans la première série télévisée de Perry produite par Channel 4, intitulée All In the Best Possible Taste et qui lui a valu un BAFTA (l’équivalent des César en France) dans la catégorie du meilleur documentaire.

La deuxième série télévisée de Perry, Who Are You?, traitant de l’identité, a été diffusée en 2014, accompagnée d’une présentation d’œuvres à la National Portrait Gallery de Londres. La série All Man, sur la masculinité, a suivi en 2016, simultanément la publication par Allen Lane du livre en rapport avec ce thème intitulé The Descent of Man. En 2013, Perry a présenté The Reith Lectures, la série de conférences phares annuelles de BBC Radio 4 qui a ensuite donné lieu à un livre Playing to the Gallery publié par Penguin.A House for Essex, maison conçue par l’artiste en collaboration avec FAT Architecture, a été construite dans la campagne dans le nord de l’Essex en 2015.

Des œuvres de l’artiste sont conservées dans des musées du monde entier, et notamment au British Museum, à la Tate Collection et au Victoria & Albert Museum à Londres au Bonnefanten Museum à Maastricht, au Museum of Modern Art à New York, à la National Gallery of Victoria à Melbourne, au Stedelijk Museum à Amsterdam, et au Yale Center for British Art à New Haven.

Lauréat du Turner Prize en 2003, Perry a été élu Royal Academician en 2012 et a reçu un CBE (Companion of (the Order of) the British Empire). Il a été nommé aux prestigieuses fonctions de Trustee du British Museum et de Chancelier de l’University of the Arts de Londres (les deux en 2015), et est devenu membre honoraire du RIBA (Royal Institute of British Architects) en 2016.

L’EXPOSITION EN CHIFFRES

1 création de médaille pour la Monnaie de Paris
55 oeuvres exposées
8 mètres, la largeur de la tapisserie Comfort Blanket
60 médailles exposées, issues des collections de la Monnaie de Paris

J’ai compris qu’être un travesti ne signifiait pas faire semblant d’être une femme. Il s’agissait de porter les vêtements faisant naître en moi les sentiments que je voulais éprouver.

Le travail de Grayson Perry questionne, outre la définition de genre et la notion d’identité, la division entre masculin et féminin. Ainsi, ses œuvres nous invitent à aller au-delà des apparences, des préjugés. « Normal » ou « naturel » snt des mots dangereux, parfois haineux, qui nous empêchent de voir la pluralité de points de vue. Les œuvres montrées dans ce chapitre nous proposent des alternatives au modèle dominant de l’hétérosexualité et esquissent l’ébauche d’un système social qui se débarrasserait des normes et de la répartition traditionnelle des rôles de genre. Il s’agit pour l’artiste de nous sensibiliser à ces questionnements tout en reconfigurant une nouvelle échelle des valeurs et en revendiquant le droit à la différence.

Qu’il crée des vases, des sculptures ou des céramiques murales, Perry réactive et revisite des traditions artistiques aussi anciennes que les bronzes de l’Afrique de l’Ouest ou le goût pour les décors floraux et la calligraphie.

Lorsque je parle de masculinité à des hommes, j’ai souvent l’impression d’essayer de parler d’eau à des poissons. Les hommes vivent dans un monde d’hommes, ils sont incapables d’imaginer une alternative. […] ils ressentent le féminisme comme une attaque dirigée contre leur identité profonde plutôt qu’un appel à l’égalité.

Grayson Perry questionne souvent l’idéal masculin en montrant son érosion. Selon son analyse, qui se reflète dans le choix d’œuvres ici présentées, les hommes manquent de repères et sentent que leurs privilèges ont mencés, la crise du marché du travail les ayant dépossédés de leur rôle de chef de famille et le chômage les ayant déqualifiés en tant que professionnels. Le modèle classique d’une virilité dominante, basé sur une image de force physique et morale et de puissance sexuelle, est aujourd’hui remis en cause. De cette conjonction naissent des sentiments de rage et de frustration, qui se manifestent dans des épisodes de violence de plus en plus fréquents, allant jusqu’au suicide parfois chez les plus jeunes.

Perry nous propose une redéfinition des rôles qui fait place à l’égalité et au partage, plaidant pour une version plus souple de la masculinité, grâce à laquelle les hommes peuvent finalement baisser la garde, admettre leurs fragilités et parler de leurs sentiments.

C’est de nos pères que nous avons tous appris à être des hommes.

À la manière d’un sociologue, Grayson Perry observe à travers son travail la façon dont se forge le tempérament d’un homme. Il révèle ce que la socialisation doit à l’intervention des pères qui sont, pour leurs fils, tout à la fois modèles, mentors et censeurs. Dès l’âge de quatre ans, l’artiste s’est construit un modèle masculin idéal remplaçant la figure paternelle. Effrayé par un beau-père brutal et vivant avec une mère lunatique, il a voulu imaginer un homme différent, moins guerrier et davantage à l’écoute. Il en a projeté toutes les valeurs positives sur son ours en peluche, Alan Measles (« Alan » était le nom de son meilleur copain, « Measles » signifie rougeole, maladie que Perry a contractée à l’âge de trois ans), qui le suit dans la « papamobile » qu’il a customisée. Très souvent représenté dans les œuvres de Perry, Alan apparaît tantôt en héros conquérant, tantôt en vieux sage ou en dieu. À travers l’exemple de son ours en peluche, Perry montre qu’il est possible de susbstituer au modèle masculin dominant un autre modèle « facile à garer, avec un grand coffre à bagage, des sièges enfants et à basse consommation ».

L’enjeu du référendum n’a jamais été de rester dans l’Europe ou pas ; il s’agissait d’un groupe porteur de cer- taines valeurs culturelles s’opposant à un groupe por- teur d’autres valeurs culturelles.

Trois années seulement séparent la tapisserie intitulée Comfort Blanket de Battle of Britain, mais des changements majeurs ont entre-temps fait basculer la société britannique. Le référendum du 23 juin 2016 sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Europe a ébranlé dans ses fondements l’idée de nation et d’appartenance à un même système de valeurs. Si Comfort Blanket, avec ses couleurs flamboyantes, nous montre le visage accueillant du Royaume-Uni « pré-Brexit », en revanche, Battle of Britain déploie un paysage terne. C’est le miroir d’un pays en crise, divisé en deux entre le vote des grandes villes et celui de l’Angleterre rurale, entre ceux qui ont bénéficié de la globalisation et ceux qui l’ont subie, entre les millenials et les baby-boomers.

Les deux grands vases intitulés Matching Pair font écho au même enjeu : Perry les a créés après avoir invité le public, via les réseaux sociaux, à lui envoyer des idées, des images, des phrases et des photos qui représentent les choses du Royaume-Uni qu’ils aiment, les marques et les personnalités qu’ils préfèrent ainsi que leurs réflexions sur le Brexit.

Les deux œuvres inspirées par ce processus – l’une représentant les partisans du Brexit, l’autre les opposants – présentent en fait une grande similarité. Perry montre ici que les éléments qui rassemblent les Britanniques sont plus nombreux que ceux qui les séparent, suggérant que le vote a été une réponse émotionnelle plutôt qu’une réaction rationnelle ou économiquement fondée aux mutations de la société.

Les gens continuent d’aller au musée pour voir la pièce originale façonnée et manipulée par les artisans et s’émerveiller de leur habileté.

Pendant quatre ans, Grayson Perry a étudié les collections du British Museum pour préparer son exposition « The Tomb of the Unknown Craftsman », qui s’est tenue en 2011 dans ce même musée.

Guidée par la notion d’artisanat, la sélection des œuvres reflétait l’intérêt de Perry pour l’art ancien. Our Father et Our Mother, inspirées par des sculptures africaines ou asiatiques, représentent autant des pèlerins se mettant en marche dans une quête spirituelle que les réfugiés d’aujourd’hui, obligés de fuir leur pays à la recherche d’une nouvelle terre. Ils portent sur eux aussi bien les souvenirs de leur pèlerinage, que le poids des objets qu’ils ont voulu garder lors de leur fuite.

Perry a d’abord façonné les personnages en terre cuite, à partir desquels il a réalisé un moule pour les transposer en métal ; ensuite, il les a peints pour leur donner un aspect rouillé et une patine ancienne. Des cartes de lieux imaginaires, réalisées par l’artiste, s’inspirent de la mappemonde d’Ebstorf, du XIVe siècle. Au-delà de simples représentations de lieux, la mappemonde médiévale, comme les cartes de Perry, contient un vaste répertoire de données, sous forme de textes et d’images, qui reflètent pour l’une les connaissances historiques, mythologiques et théologiques de son époque, pour l’autre les propres systèmes de valeurs de l’artiste.

Étant un travesti, j’ai toujours remis en question nos attitudes face à la sexualité. Dans la société contemporaine, il y a beaucoup d’inquiétude au sujet de la sexualisation de notre culture, mais l’imagerie sexuelle a toujours été présente.

Les premières œuvres de Perry reflètent sa fascination pour la diversité des pratiques et des fantasmes sexuels. Ses images d’organes génitaux (masculins en général) sont à la fois une caricature de la virilité et une critique satirique des tabous sexuels profondément ancrés dans la société britannique. Si son but initial était de choquer et de provoquer, son propos a évolué au fil des années et les œuvres, tout aussi cinglantes et incisives, abordent progressivement des thématiques bien plus vastes. Le décor particulièrement chargé des vases présentés ici et les contours noirs des figures dessinées rappellent la céramique des peintres fauves, source d’inspiration pour cet artiste coloriste dont le style graphique a des affinités avec la bande dessinée et les illustrations d’artistes de l’art Outsider tels que Henry Darger.

Une des raisons qui sous-tendent nos choix culturels est la manière dont ils pourraient refléter notre statut.

Perry emploie les séduisantes qualités de la céramique émaillée et d’autres formes d’art pour faire des commen- taires acerbes sur la société, ses plaisirs comme ses in- justices et ses défauts, afin d’explorer une grande variété de thèmes historiques et contemporains.

Au travers de certaines œuvres de cette section, il vise la société de consommation, avec ses modes et ses succès éphémères.

Artiste populaire et politiquement engagé, Perry porte un regard privilégié sur son pays et arrive à en décrypter le génome culturel avec un sens de l’humour typiquement britannique. La pièce Queen’s Bitter, par exemple, est couverte d’images réalisées dans un style délibérément folklorique. Le foulard porté par l’artiste représente l’un des derniers vestiges de la tenue vestimentaire cultivée et de la civilité victorienne en voie d’extinction. Il sert aussi de prétexte pour évoquer la question du port du voile islamique et, plus généralement, pour réfléchir à la notion de laïcité. Sur d’autres vases, des personnages historiques, comme l’écrivaine Jane Austen également connue, à l’instar de Perry, pour son réalisme, sa critique sociale mordante et son humour décalé, côtoient des scènes urbaines de violence inspirées par les émeutes survenues ces dernières années dans la banlieue londo- nienne.

Quand j’ai eu l’idée de construire une maison, j’ai voulu qu’elle soit comme un édifice religieux : un des bons côtés des religions, c’est leurs longues histoires; j’aime la spiritualité quand elle a trait à une histoire clairement définie.

En 2015, la collaboration entre Grayson Perry et l’agence d’architecture FAT autour de «A House for Essex» s’est achevée au terme de cinq années de travaux.La maison couverte de tuiles de céramique et ornée de tapisseries et de sculptures ouvre ses portes aux visiteurs souhaitant la louer pour quelques jours. Située en pleine campagne de l’Essex, elle évoque « un Taj Mahal moderne, un sanctuaire dédié à Julie et à toutes les femmes ordinaires », qui mélange les formes architecturales, entre église scandinave et temple thaïlandais. Julie Cope est un personnage inventé par l’artiste, auquel la maison rend hommage: elle s’est mariée tôt, a eu des enfants, a ensuite divorcé, s’est remariée, puis est décédée encore jeune lors d’un brutal accident de la route. Faite de petites joies, d’échecs et de victoires, son existence a été plutôt heureuse. Célébration de l’héroïsme ordinaire, la chapelle est dédiée à toutes les femmes, que l’artiste estime davantage en mesure de créer une société plus juste et égalitaire que les hommes.

J’ai commencé à m’intéresser à des œuvres qui parlent de classe et de goût. Je trouvais rafraîchissante l’idée d’utiliser la tapisserie – symbole traditionnel de la réussite sociale des riches – pour représenter un drame courant, celui de la mobilité sociale.

Depuis 2009, Grayson Perry travaille la tapisserie : à la place des grandes scènes mythologiques ou des batailles historiques, il tisse les excentricités et les particularités de la vie britannique moderne. Il utilise cette forme ancienne de l’allégorie pour relater les dif- férences et les clivages sociaux, encore très présents de nos jours au sein de la société anglaise. Pour sa sé- rie intitulée The Vanity of Small Differences, l’artiste s’est inspiré de La Carrière d’un libertin, suite de huit tableaux exécutée par William Hogarth entre 1733 et 1735.

Inspirées par le destin de Tom Rakewell dépeint par Hogarth, les tapisseries de Perry racontent l’histoire fictive d’un personnage nommé Tim Rakewell, de sa naissance à sa mort : ses débuts dans une famille mo- noparentale de la classe ouvrière, son émancipation grâce aux études, sa carrière lucrative dans les nou- velles technologies, puis sa mort prématurée. Le fil conducteur de ce récit est la progression du protago- niste au travers des couches sociales et des goûts de la société britannique.

Les titres et la composition des tapisseries renvoient aux scènes religieuses des tableaux de la Renaissance italienne. Le titre The Vanity of Small Differences est tiré du concept du « narcissisme des petites diffé- rences » de Sigmund Freud, une allusion au fait que nous défendons souvent, et avec la plus grande pas- sion, notre singularité en cherchant à nous différen- cier de ceux qui, finalement, appartiennent à la même classe sociale.

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